En bref
- La loi de Pareto, ou règle des 80/20, observe qu'une petite partie des causes produit la plus grande partie des effets. Le 80/20 est un ordre de grandeur, pas une proportion à retrouver.
- Le diagramme de Pareto la rend visible : des barres classées de la plus haute à la plus basse, et une courbe des pourcentages cumulés.
- Il sert à décider par où commencer : on traite d'abord les deux ou trois catégories qui pèsent le plus, puis on refait le relevé.
- Le modèle de tableau de cette page, avec l'exemple rempli, se télécharge en CSV et s'ouvre dans Excel ou tout tableur.
La loi de Pareto, aussi appelée règle des 80/20, observe qu’une minorité de causes produit la majorité des effets : quelques motifs de réclamation concentrent l’essentiel des plaintes, quelques clients l’essentiel du chiffre d’affaires, quelques références l’essentiel des ruptures. Le diagramme de Pareto rend cette concentration visible : des barres classées de la plus haute à la plus basse, et une courbe des pourcentages cumulés. Son usage est simple : décider par où commencer. Voici la méthode, un exemple rempli sur des réclamations clients, et un modèle de tableau à télécharger.
D’où vient la loi de Pareto
Elle porte le nom de Vilfredo Pareto (1848-1923), économiste et sociologue italien. Dans son Cours d’économie politique, publié à Lausanne en 1896-1897, il étudie la répartition des revenus et constate qu’elle est très inégale : une petite partie de la population en détient une grande part.
Pareto n’a jamais formulé de « règle des 80/20 » applicable à la gestion. C’est Joseph M. Juran, spécialiste américain de la qualité, qui fait le rapprochement dans les années 1940 et 1950, notamment dans son Quality Control Handbook de 1951. Il observe que quelques causes expliquent la plupart des défauts, et parle des « vital few » face aux « trivial many », le petit nombre d’éléments vitaux face au grand nombre d’éléments secondaires.
Juran reconnaîtra plus tard que le nom de Pareto avait été attribué un peu vite. Le principe est resté sous ce nom, et le diagramme figure parmi les outils de base de la qualité décrits par Kaoru Ishikawa, aux côtés du diagramme causes-effets et de l’histogramme.
Le 80/20 est un ordre de grandeur, pas une loi
C’est le malentendu le plus courant. Le mot « loi » laisse croire à une proportion fixe qu’il faudrait retrouver. Il n’en est rien.
Selon les données, la concentration peut donner 70/30, 90/10 ou 60/40. Les deux chiffres n’ont d’ailleurs pas à faire 100 : ils mesurent deux choses différentes, une part des causes et une part des effets.
Ce que dit vraiment le principe tient en une phrase : les effets ne se répartissent presque jamais également entre les causes. Il suffit de le savoir pour changer de réflexe. Au lieu de traiter tous les problèmes à égalité, on cherche les deux ou trois qui pèsent le plus.
Quelques usages fréquents en entreprise :
| Domaine | Ce qu’on classe | Ce qu’on cherche |
|---|---|---|
| Qualité | Défauts par type ou par poste | Les défauts à traiter en premier |
| Service client | Réclamations par motif | Les motifs qui génèrent le plus de contacts |
| Ventes | Chiffre d’affaires par client ou par produit | Les clients et produits qui portent l’activité |
| Stocks | Valeur consommée par référence | Les références à suivre de près, base de l’analyse ABC |
| Temps de travail | Heures par type de tâche | Les tâches qui consomment le plus de temps |
Construire un diagramme de Pareto, étape par étape
- Définir ce qu’on compte et sur quelle période. « Les réclamations clients du troisième trimestre, par motif » est exploitable. « Les problèmes du service » ne l’est pas.
- Choisir des catégories claires, qui ne se recouvrent pas. Une réclamation doit tomber dans une seule case. Entre cinq et dix catégories suffisent en général.
- Relever les données, sans les estimer : extraction du logiciel de tickets, feuille de relevé, registre des non-conformités.
- Classer les catégories de la plus fréquente à la moins fréquente. La catégorie « Autres », s’il y en a une, se place toujours en dernier, quelle que soit sa taille.
- Calculer la part de chaque catégorie dans le total, puis le pourcentage cumulé : chaque ligne ajoute sa part à celle des lignes précédentes.
- Tracer le diagramme : des barres dans l’ordre décroissant, et une courbe du cumul sur un second axe gradué de 0 à 100 %.
- Lire le seuil : les catégories situées avant que la courbe n’atteigne environ 80 % sont les priorités.
Le relevé est la partie la plus longue. Le calcul et le graphique prennent quelques minutes une fois les données propres.
Exemple rempli : les réclamations d’un service client
Prenons une entreprise fictive de vente en ligne d’articles de maison. Son service client a reçu 400 réclamations au troisième trimestre. La responsable veut réduire ce volume, mais son équipe ne peut pas tout traiter en même temps. Elle extrait les tickets du trimestre et les classe par motif.
| Rang | Motif de réclamation | Nombre | Part | Part cumulée |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Retard de livraison | 148 | 37,0 % | 37,0 % |
| 2 | Colis abîmé | 76 | 19,0 % | 56,0 % |
| 3 | Erreur d’article | 52 | 13,0 % | 69,0 % |
| 4 | Erreur de facturation | 38 | 9,5 % | 78,5 % |
| 5 | Article manquant dans le colis | 30 | 7,5 % | 86,0 % |
| 6 | Remboursement en attente | 22 | 5,5 % | 91,5 % |
| 7 | Problème de paiement sur le site | 18 | 4,5 % | 96,0 % |
| 8 | Autres | 16 | 4,0 % | 100,0 % |
| Total | 400 | 100 % |
Le calcul de la ligne 2, pour l’exemple : 76 réclamations sur 400 font 19,0 %, qui s’ajoutent aux 37,0 % de la ligne 1, soit 56,0 % de cumul.
Ce que le tableau montre. Trois motifs sur huit, soit un peu plus du tiers des catégories, concentrent 69 % des réclamations. En ajoutant le quatrième, on atteint 78,5 % avec la moitié des catégories. On n’est pas exactement sur du 80/20, et ce n’est pas un problème : la concentration est nette, et elle suffit pour décider.
La décision. L’équipe concentre ses efforts du trimestre suivant sur les retards de livraison, les colis abîmés et les erreurs d’article. Les autres motifs ne sont pas ignorés : ils restent traités au fil de l’eau, mais ils ne font pas l’objet d’un plan d’action.
Descendre d’un niveau : le Pareto dans le Pareto
Un premier diagramme dit où chercher, rarement quoi faire. « Retard de livraison » reste trop large pour agir. On refait donc l’exercice sur la seule première barre.
L’équipe reprend les 148 réclamations pour retard et les classe par transporteur et par zone de livraison. Supposons qu’un seul transporteur, sur une seule région, en concentre la majorité : l’action devient précise, une renégociation du contrat ou un changement de prestataire pour cette zone.
C’est la vraie puissance de l’outil. Deux ou trois niveaux de Pareto successifs transforment un problème vague en une action ciblée. Quand le classement ne suffit plus à expliquer pourquoi une catégorie pèse autant, on passe au diagramme d’Ishikawa pour lister les causes possibles, puis on revient aux données pour les vérifier.
Après le diagramme : agir, puis refaire le relevé
Le diagramme de Pareto prend place dans l’étape Plan de la roue de Deming : il sert à choisir sur quoi agir. La suite suit le cycle :
- Agir sur les deux ou trois premières catégories, avec un porteur et une échéance par action.
- Refaire le même relevé, sur une période de même durée et avec les mêmes catégories.
- Comparer les deux diagrammes. Si l’action a fonctionné, la première barre a baissé, et une autre catégorie prend souvent la tête.
Ce dernier point est normal. Un Pareto n’est pas un classement définitif : une fois les plus grosses causes traitées, les suivantes deviennent les nouvelles priorités.
Le même raisonnement s’applique à son propre temps. Classer ses tâches par temps consommé, puis décider lesquelles déléguer ou supprimer, rejoint la logique de la matrice d’Eisenhower.
Les erreurs qui faussent un Pareto
Compter sur des impressions. Un diagramme construit « de mémoire » reproduit les convictions de l’équipe. Il n’a de valeur que sur des données relevées.
Des catégories qui se chevauchent. Si un même ticket peut entrer dans « colis abîmé » et « article manquant », le total est faux et le classement aussi.
Une catégorie « Autres » trop grosse. Si elle dépasse la plupart des autres barres, les catégories sont mal définies. Il faut ouvrir la case et la redécouper.
Classer par fréquence quand l’enjeu est ailleurs. Dix réclamations pour un produit dangereux pèsent plus que cent pour un retard de deux jours. Selon le problème, on classe par nombre, par coût ou par temps perdu, et on le dit.
Chercher le 80/20 exact. Retoucher les catégories pour « tomber » sur 80 % n’apporte rien. La proportion est un constat, pas un objectif.
Le modèle de tableau à télécharger
Le modèle reprend les colonnes de l’exemple : rang, catégorie, nombre, part, part cumulée et une colonne pour marquer les priorités. Les premières lignes contiennent l’exemple du service client, les suivantes sont vides.
Télécharger le modèle de tableau de Pareto (CSV)
Le fichier s’ouvre dans Excel, LibreOffice Calc ou Google Sheets. Remplacez l’exemple par vos catégories, triez par nombre décroissant, puis calculez la part de chaque ligne, le nombre divisé par le total, et le cumul, la part de la ligne ajoutée au cumul de la ligne précédente. Les versions récentes d’Excel tracent directement un graphique Pareto à partir des deux premières colonnes ; sinon, un histogramme et une courbe sur axe secondaire donnent le même résultat.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la loi de Pareto ?
C'est l'observation qu'une minorité de causes produit la majorité des effets : environ 20 % des causes pour 80 % des effets, d'où son autre nom de règle des 80/20. Elle porte le nom de l'économiste Vilfredo Pareto, qui avait constaté une répartition très inégale des revenus, et a été popularisée en gestion de la qualité par Joseph Juran.
La loi de Pareto, c'est toujours 80/20 ?
Non. Le 80/20 est un ordre de grandeur qui rappelle que les effets se concentrent sur peu de causes. Selon les données, on trouvera 70/30, 90/10 ou 60/40. Ce qui compte n'est pas la proportion exacte, mais le fait de repérer les quelques catégories qui pèsent le plus pour agir d'abord sur elles.
Comment faire un diagramme de Pareto ?
On relève les occurrences par catégorie sur une période donnée, on classe les catégories de la plus fréquente à la moins fréquente, on calcule la part de chacune puis le pourcentage cumulé. On trace ensuite des barres dans cet ordre et une courbe du cumul. Les catégories situées avant le seuil d'environ 80 % sont les priorités.
Comment faire un diagramme de Pareto sur Excel ?
Saisissez les catégories et leurs occurrences, triez par ordre décroissant, ajoutez une colonne de part et une colonne de cumul. Les versions récentes d'Excel proposent un graphique Pareto dans les graphiques statistiques ; sinon, on combine un histogramme pour les occurrences et une courbe sur un axe secondaire pour le cumul.
Quelle différence entre diagramme de Pareto et diagramme d'Ishikawa ?
Le diagramme d'Ishikawa liste toutes les causes possibles d'un problème, sous forme d'hypothèses rangées en familles. Le diagramme de Pareto part de données relevées et montre lesquelles pèsent le plus. On les utilise souvent ensemble : Ishikawa pour ouvrir les pistes, Pareto pour mesurer et choisir.
Sources et méthode
- Vilfredo Pareto, Cours d'économie politique, Lausanne, 1896-1897, où figurent ses observations sur la répartition des revenus
- Joseph M. Juran, Quality Control Handbook, McGraw-Hill, première édition de 1951, qui a popularisé le principe sous le nom de Pareto et la distinction entre « peu d'éléments vitaux » et « beaucoup d'éléments secondaires »
- Kaoru Ishikawa, Guide to Quality Control, qui range le diagramme de Pareto parmi les outils de base de la qualité
- Exemple construit par la rédaction sur un service client fictif, chiffres à titre d'illustration