En bref

  • La matrice d'Eisenhower croise deux questions : la tâche est-elle urgente ? est-elle importante ? Quatre cases en sortent : faire, planifier, déléguer, abandonner.
  • Une tâche est importante si elle sert vos objectifs. Elle est urgente si elle a une échéance proche ou si quelqu'un l'attend. Les deux ne se confondent pas.
  • Le piège le plus courant est la case urgent mais pas important : elle donne l'impression de travailler, et elle mange le temps de la case qui compte vraiment.
  • La case importante mais pas urgente est celle qui fait avancer : ce qu'on n'y planifie pas finit, un jour, en urgence.
  • La matrice vierge se télécharge en PDF à imprimer, avec un exemple rempli, ou en Excel.

La matrice d’Eisenhower trie les tâches avec deux questions : est-ce urgent ? est-ce important ? Les quatre combinaisons donnent quatre décisions — faire tout de suite, planifier, déléguer, abandonner. L’outil tient sur une feuille, mais il ne sert que si l’on sait vraiment distinguer l’urgent de l’important. Voici la méthode, une semaine de manager triée case par case, les pièges qui la rendent inutile, et la matrice vierge à imprimer en PDF.

Les quatre cases

UrgentPas urgent
Important1. Faire — maintenant, soi-même2. Planifier — bloquer un créneau dans l’agenda
Pas important3. Déléguer — confier, regrouper, raccourcir4. Abandonner — supprimer ou reporter sans date

Chaque case appelle une action différente, et c’est ce qui fait la valeur de la matrice : elle ne se contente pas de classer, elle dit quoi faire de chaque tâche.

  • Case 1, faire. Les crises, les échéances du jour, les problèmes qui bloquent quelqu’un. On les traite tout de suite. Une case 1 pleine tous les jours est un symptôme : c’est souvent de la case 2 qui n’a pas été planifiée à temps.
  • Case 2, planifier. Préparer, anticiper, former, améliorer. Rien ne presse, et c’est justement pour cela que ces tâches glissent. On leur donne une date et un créneau, comme à un rendez-vous.
  • Case 3, déléguer. Les sollicitations des autres, certaines réunions, les demandes qui n’avancent pas vos objectifs. Elles exigent une réponse rapide, mais pas forcément la vôtre.
  • Case 4, abandonner. Ce qui n’a ni échéance ni utilité. On le supprime, ou on le laisse sans date en sachant qu’on ne le fera probablement pas.

Urgent ou important : le vrai critère

Toute la méthode repose sur cette distinction, et c’est là qu’elle échoue le plus souvent. Les deux notions se confondent parce qu’une tâche urgente se présente comme importante : elle sonne, elle clignote, quelqu’un attend.

Une tâche est urgente si elle a une échéance proche ou si quelqu’un est bloqué en attendant. C’est une question de temps.

Une tâche est importante si elle contribue à vos objectifs, à ceux de votre équipe ou à ce pour quoi vous êtes payé. C’est une question de conséquences.

Un test simple aide à trancher : que se passe-t-il si cette tâche n’est jamais faite ? Si la réponse est « pas grand-chose », elle n’est pas importante, même si elle est urgente. Si la réponse est « un problème sérieux dans trois mois », elle est importante, même si rien ne presse aujourd’hui.

Dans un discours prononcé en 1954, Dwight D. Eisenhower citait l’idée que ce qui est important est rarement urgent, et que ce qui est urgent est rarement important. La matrice en quatre cases, elle, doit beaucoup à Stephen Covey, qui l’a popularisée en 1989 dans The 7 Habits of Highly Effective People.

Exemple : la semaine d’une responsable de service

Prenons Claire, responsable d’un service client de douze personnes. Le lundi matin, sa liste compte quatorze tâches. Voici comment elle les trie.

TâcheUrgent ?Important ?CaseDécision
Panne de l’outil de ticketing, l’équipe ne peut plus répondreOuiOui1Faire : appeler le support et organiser un mode dégradé
Réclamation d’un client grand compte, relancée par la directionOuiOui1Faire : répondre avant midi
Planning des congés d’été, à rendre vendrediOuiOui1Faire : mardi matin
Entretiens annuels des douze collaborateursNonOui2Planifier : deux créneaux par semaine jusqu’à fin octobre
Rédiger les réponses types aux questions les plus fréquentesNonOui2Planifier : jeudi après-midi, deux heures
Former le nouvel arrivé à l’outil de facturationNonOui2Planifier : trois sessions d’une heure
Analyser pourquoi les délais de réponse augmententNonOui2Planifier : vendredi matin
Répondre à une demande de statistiques du service marketingOuiNon3Déléguer : le référent qualité sort l’export
Réunion d’information d’un autre service, sans décision à prendreOuiNon3Déléguer : un collaborateur y va et fait un compte rendu
Commander des fournitures de bureauOuiNon3Déléguer : l’assistante
Répondre à trente courriels en copieOuiNon3Regrouper : un créneau de vingt minutes en fin de journée
Refaire la mise en page du tableau de bord mensuelNonNon4Abandonner : il est lu tel quel
Tester un nouvel outil de note vu dans une newsletterNonNon4Abandonner
Trier les anciens dossiers partagésNonNon4Reporter sans date

Trois tâches seulement relèvent de la case 1. Quatre relèvent de la case 2, et ce sont elles qui feront que le service fonctionnera mieux dans trois mois : les réponses types réduiront les délais, la formation évitera les erreurs, l’analyse des délais trouvera la cause du problème.

Le point qui change la semaine de Claire, c’est la case 3. Sans matrice, elle aurait répondu elle-même aux statistiques du marketing, assisté à la réunion et commandé les fournitures, parce que tout cela était urgent. Elle aurait perdu une demi-journée sur des tâches que d’autres pouvaient faire.

Construire sa matrice, étape par étape

  1. Tout lister. Sans trier, sur une feuille ou un tableur : les tâches en cours, les demandes reçues, ce qui traîne depuis des semaines. Une tâche oubliée est une tâche qui reviendra en urgence.
  2. Poser la question de l’importance en premier. C’est la plus difficile, et c’est elle qui compte. Relire ses objectifs de l’année ou du trimestre aide à trancher.
  3. Poser ensuite la question de l’urgence. Une échéance dans les deux ou trois jours, ou quelqu’un bloqué : urgent. Sinon, non.
  4. Placer chaque tâche dans sa case, et noter immédiatement la décision : quand, qui, ou abandon.
  5. Reporter la case 2 dans l’agenda. C’est l’étape que tout le monde saute, et c’est la seule qui change vraiment quelque chose. Une tâche de case 2 sans créneau reste une intention.

Les pièges qui rendent la matrice inutile

Tout mettre en case 1. Si tout est urgent et important, la matrice n’a rien trié. C’est généralement le signe que l’importance a été jugée à l’intensité de la sollicitation, et non à ses conséquences. Refaire le test : que se passe-t-il si ce n’est jamais fait ?

Laisser la case 3 dévorer la journée. Les tâches urgentes mais pas importantes sont les plus trompeuses. Elles donnent l’impression d’être efficace — on répond, on dépanne, on est réactif — et elles consomment le temps que la case 2 réclamait.

Ne jamais planifier la case 2. Ce qui est important mais pas urgent a une propriété simple : si on ne le planifie pas, il devient urgent. Les entretiens annuels non planifiés en octobre deviennent une course en décembre.

Déléguer sans transmettre. Confier une tâche de case 3 sans expliquer le résultat attendu, c’est la voir revenir. Une délégation tient en trois éléments : ce qu’il faut produire, pour quand, et qui décide en cas de doute. C’est la logique de la matrice RACI, appliquée à une seule tâche.

Culpabiliser sur la case 4. Abandonner une tâche n’est pas un échec. C’est la décision la plus rentable de la matrice, parce qu’elle libère du temps sans rien coûter.

Matrice d’Eisenhower et gestion de projet

La matrice d’Eisenhower est un outil personnel : elle trie la semaine d’une personne. Pour un projet, d’autres outils prennent le relais. Le rétroplanning fixe les échéances à partir de la date de fin, et le diagramme de Gantt montre les durées et les chevauchements.

Les deux se complètent bien. Les jalons d’un projet, une fois posés dans un rétroplanning, deviennent des tâches de case 2 tant qu’ils sont loin, puis glissent vers la case 1 à l’approche de l’échéance. Tenir la matrice à jour, c’est voir ce glissement venir au lieu de le subir.

Le modèle vierge à recopier

Deux versions, selon qu’on préfère le papier ou le tableur.

  • La matrice à imprimer, en PDF : une page A4 paysage avec les quatre cases lignées, et une seconde page avec la semaine de Claire remplie en exemple.
  • La liste en Excel : on répond oui ou non aux deux questions pour chaque tâche, et la case se remplit et se colore toute seule.

Télécharger la matrice d’Eisenhower à imprimer (PDF) · version Excel · version CSV

Sans imprimante, une feuille suffit : une grande croix, « urgent » et « pas urgent » en haut, « important » et « pas important » à gauche. La force de l’outil tient aux deux questions, pas au support.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la matrice d'Eisenhower ?

C'est un outil de priorisation qui classe chaque tâche selon deux critères, l'urgence et l'importance. On obtient quatre cases : urgent et important (faire tout de suite), important mais pas urgent (planifier), urgent mais pas important (déléguer), ni urgent ni important (abandonner).

Quelle est la différence entre urgent et important ?

Une tâche est urgente quand elle a une échéance proche ou que quelqu'un attend une réponse. Elle est importante quand elle contribue à vos objectifs ou à ceux de votre équipe. Un appel qui sonne est urgent ; préparer l'entretien annuel d'un collaborateur est important. L'un n'implique pas l'autre.

Pourquoi porte-t-elle le nom d'Eisenhower ?

Le président américain Dwight D. Eisenhower a formulé, dans un discours de 1954, l'idée que ce qui est important est rarement urgent, et ce qui est urgent rarement important. La matrice en quatre cases a été popularisée bien plus tard, notamment par Stephen Covey en 1989.

Que faire si je n'ai personne à qui déléguer ?

La case « déléguer » veut surtout dire « ne pas y mettre votre meilleur temps ». Sans équipe, on regroupe ces tâches en un créneau court, on les automatise, on réduit leur niveau d'exigence ou on négocie leur échéance.

À quelle fréquence refaire la matrice ?

Une fois par semaine pour la vue d'ensemble, par exemple le vendredi pour préparer la semaine suivante, et quelques minutes chaque matin pour reclasser ce qui est arrivé la veille. Une matrice faite une fois et jamais revue ne sert à rien.

Sources et méthode

  • Discours de Dwight D. Eisenhower à l'université Northwestern, 1954, où figure la distinction entre urgent et important
  • Stephen R. Covey, The 7 Habits of Highly Effective People, 1989, qui a popularisé la matrice en quatre quadrants
  • Exemple construit par la rédaction, à titre d'illustration