En bref

  • Le diagramme d'Ishikawa, ou diagramme causes-effets, range toutes les causes possibles d'un problème en familles, sur un schéma en arête de poisson.
  • La version classique compte cinq familles, les 5M : matière, matériel, méthode, main-d'œuvre et milieu. On ajoute souvent la mesure (6M), puis le management et les moyens (8M).
  • Le diagramme ne dit pas quelle est la cause : il liste des hypothèses. Il faut ensuite les vérifier avec des données, par exemple un Pareto, avant d'agir.
  • Le modèle vierge et l'exemple rempli de cette page se téléchargent en PDF, prêts à imprimer.

Le diagramme d’Ishikawa range toutes les causes possibles d’un problème sur un schéma en arête de poisson : le problème à droite, une branche par famille de causes. Les familles classiques sont les 5M — matière, matériel, méthode, main-d’œuvre, milieu —, auxquelles on ajoute souvent la mesure. Le schéma n’est pourtant que la moitié du travail : il liste des hypothèses, et c’est la vérification par les données qui dit laquelle est la bonne. Voici la méthode, un exemple rempli sur une ligne de production, et un modèle vierge à imprimer.

Ce qu’est un diagramme d’Ishikawa

C’est un outil de résolution de problèmes. Il part d’un effet observé — un défaut, un retard, une réclamation — et oblige à explorer méthodiquement toutes les directions d’où il peut venir, au lieu de s’arrêter à la première explication venue.

On l’appelle aussi diagramme causes-effets, diagramme en arête de poisson ou, en anglais, fishbone diagram. Tous ces noms désignent le même schéma : la tête du poisson est l’effet, la colonne vertébrale mène à la tête, et chaque arête porte une famille de causes.

Il porte le nom de Kaoru Ishikawa (1915-1989), ingénieur japonais et figure majeure de la gestion de la qualité, qui l’a popularisé dans les années 1960. Il fait partie des outils de base de la qualité qu’il a décrits dans son Guide to Quality Control, aux côtés de l’histogramme, du diagramme de Pareto ou de la feuille de relevé.

Les 5M, et leurs variantes 6M, 7M et 8M

Les familles de causes sont ce qui fait la force de l’outil. Elles forcent à regarder là où on ne regarderait pas spontanément.

FamilleCe qu’on y rangeQuestions à se poser
MatièreMatières premières, composants, fournitures, informations reçuesLe problème apparaît-il avec un lot, un fournisseur, une référence ?
MatérielMachines, outils, équipements, logicielsUne machine, un poste, un outil est-il plus souvent en cause ?
MéthodeProcédures, modes opératoires, réglages, consignesLe mode opératoire est-il écrit, connu, appliqué, adapté ?
Main-d’œuvrePersonnes, compétences, formation, charge de travailLe problème dépend-il de l’équipe, de l’horaire, de l’expérience ?
MilieuEnvironnement : température, humidité, bruit, éclairage, organisation des lieuxLe problème varie-t-il selon le moment, la saison, l’endroit ?
Mesure (6M)Instruments, méthodes de contrôle, échantillonnageMesure-t-on bien le problème ? Les instruments sont-ils justes ?
Management (7M)Organisation, décisions, priorités, circulation de l’informationLes moyens et les priorités fixés rendent-ils le problème possible ?
Moyens financiers (8M)Budget, investissements, coût des solutionsLe problème vient-il d’un investissement reporté ?

Le 6M est la version la plus utilisée en pratique, parce que la mesure est une cause fréquente et souvent oubliée : un instrument faux fait croire à un problème qui n’existe pas, ou en cache un qui existe.

Le 7M et le 8M sont utiles quand le problème est organisationnel. Mais plus on ajoute de familles, plus le diagramme se dilue : pour un défaut technique, les 6M suffisent presque toujours.

Faire un diagramme d’Ishikawa, étape par étape

  1. Écrire l’effet, mesuré. Pas « la qualité baisse », mais « 8 % de bouteilles mal remplies sur les quatre dernières semaines ». Un effet vague donne des causes vagues.
  2. Tracer l’arête. L’effet dans un cadre à droite, une flèche horizontale qui y mène, et une branche oblique par famille retenue.
  3. Réunir les bonnes personnes. Ceux qui travaillent sur le poste, la maintenance, la qualité, et au moins une personne extérieure au problème. Le diagramme se fait en groupe, pas seul à son bureau.
  4. Lister les causes, sans les juger. Chacun propose, on inscrit chaque cause sur la branche de sa famille. On peut ajouter des sous-causes en ramifiant une cause.
  5. Trier et vérifier. Pour chaque cause, se demander : qu’est-ce qui montrerait qu’elle joue vraiment ? Puis aller chercher la donnée.
  6. Retenir les causes prouvées, et seulement elles, pour passer à l’action.

Une séance de causes dure souvent entre trente minutes et une heure. La vérification, elle, peut prendre plusieurs jours : c’est normal, et c’est elle qui rend le diagramme utile.

Exemple rempli : les bouteilles mal remplies

Prenons une entreprise fictive qui conditionne un sirop en bouteilles de verre, sur une ligne équipée de huit buses de remplissage. Depuis un mois, 8 % des bouteilles sont écartées au contrôle parce que leur niveau est trop bas ou trop haut. L’équipe réunit l’opérateur de ligne, un technicien de maintenance, la responsable qualité et le chef d’atelier, et construit ce diagramme en 6M.

Diagramme d'Ishikawa rempli : six familles de causes autour de l'effet « 8 % de bouteilles mal remplies »

Douze causes possibles en sortent, deux par famille :

FamilleCauses proposées
MatièreBouchons hors tolérance depuis le changement de fournisseur ; viscosité du sirop variable selon sa température
MatérielBuse de remplissage n° 3 usée ; capteur de niveau encrassé
MéthodeRéglage de la remplisseuse jamais écrit ; aucun contrôle au changement de format
Main-d’œuvreOpérateur intérimaire non formé au réglage ; équipe de nuit en sous-effectif
MilieuAtelier au-dessus de 28 °C l’après-midi ; vibrations du convoyeur voisin
MesureBalance de contrôle non étalonnée depuis 14 mois ; une seule bouteille contrôlée sur 500

À ce stade, aucune de ces causes n’est prouvée. Chacun a une conviction — le chef d’atelier soupçonne les intérimaires, la maintenance soupçonne le nouveau fournisseur de bouchons. Le diagramme a justement pour rôle de mettre toutes ces convictions sur la table, à égalité.

Du diagramme aux causes prouvées

C’est l’étape qui distingue un diagramme utile d’un schéma décoratif. Pour chaque cause, l’équipe se demande quelle donnée la confirmerait ou l’écarterait.

CauseCe qui permet de trancherRésultat
Buse n° 3 uséeRelever la buse de remplissage de chaque bouteille écartéeConfirmée : 61 % des bouteilles écartées viennent de la buse n° 3
Balance non étalonnéeFaire étalonner la balance, recontrôler un lotConfirmée en partie : la balance sous-estimait de 4 g, ce qui gonflait le taux de rejet
Température de l’atelierComparer le taux de rejet du matin et de l’après-midiÉcartée : l’écart est inférieur à un point
Intérimaire non forméComparer le taux de rejet par équipeÉcartée : taux identique quelle que soit l’équipe
Bouchons du nouveau fournisseurComparer les lots avant et après le changementÉcartée : le défaut porte sur le niveau, pas sur la fermeture

Le relevé par buse est un diagramme de Pareto : on classe les défauts par origine et on constate qu’une seule origine en concentre la majorité. Il suffit souvent à lui seul à transformer un débat d’opinions en décision.

Deux causes sont donc retenues, et elles ne sont pas celles que le groupe soupçonnait au départ. C’est l’intérêt principal de la méthode : elle protège contre la première explication venue.

Pour la buse n° 3, l’équipe pousse ensuite la question « pourquoi ? » plusieurs fois : la buse est usée parce que son joint n’a jamais été changé ; il n’a jamais été changé parce qu’aucun plan de maintenance ne le prévoit. La cause racine n’est pas la buse, mais l’absence de maintenance préventive sur les joints.

Après le diagramme : agir et vérifier

Le diagramme d’Ishikawa s’insère naturellement dans l’étape Plan de la roue de Deming : il sert à comprendre le problème avant de choisir l’action. La suite suit le cycle :

  1. Agir sur les causes prouvées : changer le joint de la buse n° 3, étalonner la balance, ajouter le remplacement des joints au plan de maintenance.
  2. Vérifier avec la même mesure qu’au départ : le taux de bouteilles écartées sur quatre semaines.
  3. Standardiser ce qui a marché, pour que le problème ne revienne pas.

Pour que les actions ne restent pas sans porteur, une ligne par action dans une matrice RACI suffit : qui la réalise, qui la valide. Et quand le diagramme fait ressortir des causes de désordre sur le poste — outils introuvables, réglages non affichés —, la méthode 5S est souvent la réponse la plus directe.

Les erreurs qui rendent le diagramme inutile

Un effet trop vague. « Problèmes de qualité » donne un diagramme de cinquante causes qui partent dans tous les sens. L’effet doit être précis, mesuré et daté.

Confondre hypothèse et cause. Tout ce qui figure sur le diagramme est une hypothèse. Agir directement sur les causes listées, sans vérification, revient à traiter au hasard — et souvent à traiter la cause que la personne la plus influente de la réunion avait en tête.

Le faire seul. Un diagramme construit par une seule personne reflète ses convictions. Tout l’intérêt de l’outil est de croiser les points de vue de ceux qui connaissent le poste.

Mettre des personnes à la place des causes. « Pierre ne fait pas attention » n’est pas une cause exploitable. « Le réglage n’est pas écrit, donc chacun le fait à sa façon » en est une. La famille main-d’œuvre porte sur la formation, la charge ou l’organisation, jamais sur la mise en accusation.

S’arrêter au schéma. Un diagramme d’Ishikawa affiché au mur sans relevé de données ni plan d’action n’a rien résolu.

Le modèle vierge à imprimer

Le modèle reprend la structure en 6M : l’effet à droite, six branches avec quatre lignes chacune. La seconde page contient l’exemple rempli de la ligne de remplissage.

Télécharger le diagramme d’Ishikawa vierge et l’exemple (PDF) · version vierge en image (SVG)

Imprimé en A4 paysage, il sert en réunion ; pour un atelier en groupe, reproduisez-le en grand sur un tableau blanc ou une feuille de paperboard, et collez les causes sur des notes adhésives : on les déplace d’une branche à l’autre au fil de la discussion.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le diagramme d'Ishikawa ?

C'est un outil de résolution de problèmes qui représente, sous la forme d'une arête de poisson, toutes les causes possibles d'un effet observé. Les causes sont regroupées en familles, le plus souvent les 5M : matière, matériel, méthode, main-d'œuvre et milieu. On l'appelle aussi diagramme causes-effets.

Que veulent dire les 5M ?

Les cinq familles de causes du diagramme d'Ishikawa : la matière (les matières premières et les fournitures), le matériel (les machines, les outils), la méthode (les procédures, les modes opératoires), la main-d'œuvre (les personnes, leur formation, leur charge) et le milieu (l'environnement de travail : température, bruit, organisation des lieux).

Quelle différence entre 5M, 6M et 8M ?

Ce sont des variantes du même outil. Le 6M ajoute la mesure, c'est-à-dire la façon dont on contrôle et dont on mesure le problème. Le 7M ajoute le management, et le 8M les moyens financiers. On choisit le nombre de familles selon le problème : la mesure est presque toujours utile, les autres moins souvent.

Comment faire un diagramme d'Ishikawa ?

On écrit le problème, mesuré, à droite ; on trace l'arête centrale et une branche par famille ; on liste en groupe toutes les causes possibles et on les range sur les branches ; puis on vérifie avec des données lesquelles jouent vraiment. Le diagramme se termine par une sélection de causes prouvées, pas par le schéma lui-même.

Pourquoi l'appelle-t-on arête de poisson ?

Parce que sa forme rappelle un squelette de poisson : l'effet étudié est la tête, à droite, l'axe central est la colonne vertébrale et les familles de causes sont les arêtes qui s'y rattachent. En anglais, on parle de fishbone diagram.

Sources et méthode

  • Kaoru Ishikawa, Guide to Quality Control, Asian Productivity Organization, édition anglaise de 1976
  • Exemple construit par la rédaction sur une ligne de remplissage fictive, chiffres à titre d'illustration