En bref
- La méthode des 5 pourquoi consiste à demander « pourquoi ? » à chaque réponse, jusqu'à atteindre une cause sur laquelle on peut agir durablement : la cause racine.
- Le chiffre 5 est un ordre de grandeur : on s'arrête quand la réponse désigne un processus, une règle ou une décision qu'on peut changer, parfois au troisième pourquoi, parfois au septième.
- Chaque réponse doit être un fait vérifié, pas une supposition ; sinon la chaîne fabrique une cause plausible au lieu de trouver la vraie.
- Le modèle de cette page, vierge et avec l'exemple rempli, se télécharge en CSV et s'ouvre dans Excel ou tout tableur.
La méthode des 5 pourquoi consiste à demander « pourquoi ? » à propos d’un problème, puis à propos de chaque réponse, jusqu’à atteindre la cause racine : celle qui, une fois corrigée, empêche le problème de revenir. Le chiffre 5 n’est pas une règle, c’est un rappel que la première explication est presque toujours un symptôme. La condition de réussite tient en une phrase : chaque réponse doit être un fait vérifié. Voici la méthode, un exemple rempli sur des commandes expédiées en retard, et un modèle à télécharger.
D’où vient la méthode des 5 pourquoi
La méthode est née chez Toyota. Elle est associée à Sakichi Toyoda, fondateur du groupe, et surtout à Taiichi Ohno, l’ingénieur qui a construit le système de production de Toyota. Dans son livre Toyota Production System, publié au Japon en 1978, il recommande de répéter cinq fois la question « pourquoi ? » face à chaque problème.
Son exemple est resté célèbre. Une machine s’arrête parce qu’un fusible a sauté sous une surcharge. Le fusible a sauté parce que le palier était mal lubrifié. Le palier était mal lubrifié parce que la pompe de lubrification ne pompait pas assez. La pompe ne pompait pas parce que son axe était usé. Et l’axe était usé parce qu’il n’y avait pas de crépine : des copeaux de métal entraient dans la pompe.
Changer le fusible aurait relancé la machine pour quelques jours. Poser une crépine supprime la panne. Toute la méthode est dans cet écart entre réparer et résoudre.
Faire un 5 pourquoi, étape par étape
- Écrire le problème, mesuré et daté. Pas « on livre en retard », mais « 12 % des commandes expédiées après la date promise sur les six dernières semaines ». Un problème flou produit une chaîne floue.
- Réunir ceux qui connaissent le terrain. Les personnes qui font le travail, celle qui en est responsable, et une personne extérieure qui posera les questions naïves.
- Poser le premier pourquoi et n’écrire la réponse qu’une fois vérifiée : un relevé, une observation sur place, un historique. Si personne ne sait, on va chercher la donnée avant de continuer.
- Reprendre la réponse comme nouveau problème et reposer la question, en restant sur la même chaîne.
- S’arrêter à une cause actionnable : une règle, un processus, une décision que l’équipe peut changer et dont la correction empêche le problème de revenir.
- Relire la chaîne à l’envers, en remplaçant « parce que » par « donc ». Si une étape ne s’enchaîne pas, il manque un maillon.
- Décider d’une action sur la cause racine, avec un porteur, une échéance et la mesure qui dira si elle a marché.
Une séance tient souvent en trente minutes. Ce qui prend du temps, ce sont les vérifications entre deux pourquoi, et c’est normal : elles distinguent une analyse d’une conversation.
Exemple rempli : les commandes expédiées en retard
Prenons un vendeur en ligne fictif qui expédie environ 180 commandes par jour depuis son propre entrepôt. Le transporteur passe une seule fois, à 16 h. Sur les six dernières semaines, 12 % des commandes sont parties après la date promise au client. C’était la première catégorie de réclamations dans le relevé du service client, ce qui en fait la priorité évidente.
Le responsable logistique réunit une préparatrice, la personne chargée des paiements et le gérant. Voici la chaîne obtenue, avec ce qui a permis de valider chaque réponse.
| N° | Pourquoi ? | Réponse | Comment elle a été vérifiée |
|---|---|---|---|
| 1 | Pourquoi des commandes partent-elles en retard ? | Elles sont prêtes après le passage du transporteur de 16 h. | Horodatage d’emballage : 83 % des commandes en retard ont été emballées après 16 h. |
| 2 | Pourquoi sont-elles prêtes après 16 h ? | Les commandes passées le matin n’arrivent en préparation qu’à partir de 14 h. | Journal du logiciel : heure de libération des commandes vers l’entrepôt. |
| 3 | Pourquoi n’arrivent-elles qu’à 14 h ? | Le contrôle des paiements, qui précède la préparation, est fait en un seul lot après le déjeuner. | Observation sur deux jours et témoignage de la personne qui le réalise. |
| 4 | Pourquoi en un seul lot l’après-midi ? | La même personne traite la comptabilité fournisseurs le matin, et la procédure ne fixe aucune fréquence de contrôle. | Fiche de poste et procédure écrite, qui dit seulement « contrôler les paiements chaque jour ». |
| 5 | Pourquoi la procédure ne fixe-t-elle aucune fréquence ? | Elle a été écrite à l’époque où l’entreprise expédiait une quarantaine de commandes par jour, et n’a pas été revue quand le volume a été multiplié par quatre. | Date de la procédure et historique des volumes. |
Cause racine retenue : une procédure de contrôle des paiements dimensionnée pour l’ancien volume, sans règle de fréquence ni seuil. Ce n’est ni la préparatrice, ni la personne chargée des paiements : c’est la règle qui organise leur travail.
Relue à l’envers, la chaîne tient : la procédure n’a pas suivi le volume, donc le contrôle se fait en un lot l’après-midi, donc les commandes du matin arrivent tard en préparation, donc elles ratent le passage de 16 h.
De la cause racine à l’action
L’équipe décide de trois actions, chacune avec un porteur.
| Action | Porteur | Échéance |
|---|---|---|
| Contrôler les paiements en trois vagues, à 9 h, 11 h et 13 h 30 | Personne chargée des paiements | Semaine suivante |
| Valider automatiquement les paiements sous un seuil de montant, le contrôle manuel ne portant que sur les autres | Gérant, avec le prestataire du site | Fin du mois |
| Revoir la procédure chaque fois que le volume moyen double | Responsable logistique | Inscrit dans la procédure |
La mesure de contrôle est la même qu’au départ : la part des commandes expédiées après la date promise, sur quatre semaines. C’est la logique de la roue de Deming : l’analyse et le choix des actions forment l’étape Plan, la mise en œuvre l’étape Do, et ce relevé l’étape Check, qui dira si la cause racine était la bonne.
Notez ce que l’équipe n’a pas fait : demander aux préparateurs d’aller plus vite, ou ajouter un second passage du transporteur. Ces deux réponses traitaient le premier ou le deuxième pourquoi. Elles auraient coûté plus cher sans rien régler.
Combiner les 5 pourquoi avec d’autres outils
La méthode est puissante mais étroite : elle suit une seule chaîne. Or un problème a souvent plusieurs causes qui se cumulent. Deux outils compensent cette limite.
En amont, le diagramme d’Ishikawa ouvre toutes les pistes possibles, rangées en familles de causes. On y vérifie ensuite lesquelles jouent vraiment, puis on lance un 5 pourquoi sur chaque cause prouvée. Ishikawa donne la largeur, les 5 pourquoi la profondeur.
Pour choisir le problème sur lequel travailler, la loi de Pareto aide à repérer les quelques catégories qui concentrent l’essentiel des défauts ou des réclamations. Dans notre exemple, c’est elle qui avait désigné les retards d’expédition comme première priorité.
Les erreurs qui faussent la chaîne
Répondre par une supposition. « Sans doute parce que… » est le signal d’arrêt. Une réponse non vérifiée fait dériver tout le reste de la chaîne vers une cause plausible, souvent celle que la personne la plus influente avait en tête.
S’arrêter sur une personne. « Parce que Julie a oublié » n’est pas une cause racine. La question suivante est toujours : pourquoi l’oubli était-il possible ? La réponse porte sur une règle, un outil ou une organisation, et c’est là qu’on peut agir durablement.
Sauter un maillon. Passer directement de « les commandes partent en retard » à « la procédure est ancienne » fait perdre ce qui rend l’action précise. La relecture avec « donc » détecte ces sauts.
Viser trop loin. Remonter jusqu’à « le marché est difficile » ou « le budget est serré » sort du champ d’action de l’équipe. La bonne cause racine est la plus profonde sur laquelle on peut encore agir.
S’arrêter à cinq par principe. Si la réponse au cinquième pourquoi désigne encore un symptôme, on continue. Si la troisième désigne déjà une règle à changer, on s’arrête.
Le modèle à télécharger
Le modèle reprend la structure de l’exemple : le problème mesuré, cinq lignes de pourquoi avec la réponse et la preuve, la cause racine, puis les actions avec leur porteur et leur échéance. Les lignes préfixées « Exemple » reprennent les commandes en retard ; il suffit de les remplacer.
Télécharger le modèle des 5 pourquoi (CSV), qui s’ouvre dans Excel, LibreOffice ou Google Sheets.
Gardez la colonne « Vérifié » : une ligne marquée « non » signifie que la chaîne repose encore sur une hypothèse, et qu’il faut aller chercher la donnée avant de décider.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la méthode des 5 pourquoi ?
C'est une technique de résolution de problèmes qui consiste à demander « pourquoi ? » à propos d'un problème, puis à propos de chaque réponse obtenue, jusqu'à trouver la cause racine. Elle vient de Toyota, où Taiichi Ohno la recommandait pour ne pas se contenter de traiter le symptôme visible. On l'appelle aussi 5 why.
Faut-il toujours poser exactement cinq fois la question ?
Non. Cinq est un ordre de grandeur qui rappelle que la première réponse est rarement la bonne. On s'arrête quand la réponse désigne une cause sur laquelle on peut agir et qui, une fois corrigée, empêche le problème de revenir. Selon le cas, cela arrive au troisième pourquoi ou au septième.
Comment savoir qu'on a trouvé la cause racine ?
Trois tests aident à trancher. La cause relève de l'organisation, d'une règle ou d'un processus, et non d'une personne. Si on la supprime, le problème ne peut plus se produire de la même façon. Et en relisant la chaîne à l'envers avec « donc », chaque étape s'enchaîne logiquement jusqu'au problème de départ.
Quelle différence entre les 5 pourquoi et le diagramme d'Ishikawa ?
Le diagramme d'Ishikawa ouvre largement les pistes : il liste toutes les causes possibles, rangées en familles. Les 5 pourquoi creusent une piste en profondeur, en une seule chaîne. On les combine souvent : Ishikawa pour repérer les causes plausibles, des données pour garder celles qui sont prouvées, puis les 5 pourquoi pour descendre de chacune à sa cause racine.
Quelles sont les limites de la méthode ?
Elle suit une seule chaîne alors qu'un problème a souvent plusieurs causes, et son résultat dépend de ce que savent les personnes présentes. Elle convient bien aux problèmes précis et récurrents ; pour un problème complexe, on ouvre plusieurs chaînes en parallèle ou on commence par un diagramme causes-effets.
Sources et méthode
- Taiichi Ohno, Toyota Production System: Beyond Large-Scale Production, Productivity Press, 1988 (édition japonaise de 1978), où figure l'exemple de la machine arrêtée et la consigne de répéter cinq fois la question « pourquoi ? »
- Kaoru Ishikawa, Guide to Quality Control, pour le diagramme causes-effets avec lequel la méthode est souvent combinée
- Exemple construit par la rédaction sur un entrepôt de vente en ligne fictif, chiffres à titre d'illustration