En bref

  • Excel n'a pas de modèle Gantt natif, mais deux méthodes suffisent : un graphique en barres empilées, ou une grille de dates colorée par mise en forme conditionnelle.
  • Les barres empilées donnent un vrai graphique à coller dans une présentation. La grille est plus simple à tenir à jour et se lit comme un calendrier.
  • Un Gantt se nourrit de trois colonnes : début, durée et fin. Les dépendances se posent par formule, pour que tout se décale quand une tâche glisse.
  • Au-delà de cinquante tâches ou de plusieurs projets partagés, un tableur montre ses limites, et un logiciel dédié devient plus rentable.

Excel ne propose pas de graphique « Gantt » tout fait, mais deux méthodes suffisent pour en construire un proprement : un graphique en barres empilées, qui donne un vrai visuel à coller dans une présentation, ou une grille de dates colorée par mise en forme conditionnelle, plus simple à tenir à jour. Les deux partent des mêmes trois colonnes — début, durée, fin — et des mêmes formules. Voici les deux, sur un projet d’exemple daté, avec les dépendances, les jalons et un modèle gratuit.

Ce qu’est un diagramme de Gantt

Un diagramme de Gantt représente un projet comme une suite de barres horizontales posées sur une échelle de temps. Chaque barre est une tâche : sa position dit quand elle commence, sa longueur combien de temps elle dure. On y lit d’un coup d’œil l’ordre des tâches, leurs chevauchements et la date de fin du projet.

Il porte le nom de l’ingénieur américain Henry Gantt, qui l’a popularisé au début du XXe siècle pour suivre des chantiers de production. Son principe n’a pas changé depuis, et c’est ce qui le rend si simple à reproduire dans un tableur.

Il répond à une question différente des autres outils de planification. La matrice RACI dit qui fait quoi ; le rétroplanning dit quand chaque étape doit au plus tard être bouclée. Le Gantt, lui, montre la durée de chaque tâche et ce qui se passe en même temps.

Le projet d’exemple : la refonte d’un site internet

Prenons la refonte d’un site vitrine, qui démarre le lundi 4 janvier 2027. Les durées sont comptées en jours ouvrés, week-ends et jours fériés exclus.

TâcheDébutDurée (jours ouvrés)FinDépend de
Cahier des charges04/01/20271015/01/2027—
Arborescence18/01/2027522/01/2027Cahier des charges
Maquettes25/01/20271005/02/2027Arborescence
Validation des maquettes08/02/2027310/02/2027Maquettes
Développement11/02/20272010/03/2027Validation des maquettes
Migration des contenus11/02/2027822/02/2027Validation des maquettes
Recette11/03/2027517/03/2027Développement et migration
Mise en ligne18/03/2027118/03/2027Recette

Le développement et la migration des contenus démarrent le même jour : c’est le seul chevauchement du projet, et c’est précisément ce qu’un Gantt rend visible. La recette, elle, attend que les deux soient terminées, donc elle dépend de la plus longue — le développement.

La base commune : trois colonnes et deux formules

Les deux méthodes reposent sur le même tableau. On le construit en colonnes : A pour la tâche, B pour la date de début, C pour la durée en jours ouvrés, D pour la date de fin.

La date de fin se calcule à partir du début et de la durée, en sautant les week-ends :

=SERIE.JOUR.OUVRE(B2;C2-1;Feries)

Le « moins un » vient de ce qu’une tâche d’un jour commence et finit le même jour. Feries est une plage nommée contenant les jours fériés de la période.

La date de début d’une tâche dépendante se calcule à partir de la fin de celle qui la précède, pour commencer le jour ouvré suivant :

=SERIE.JOUR.OUVRE(D2;1;Feries)

Pour une tâche qui dépend de deux autres, comme la recette, on part de la plus tardive des deux fins : =SERIE.JOUR.OUVRE(MAX(D6;D7);1;Feries).

C’est cette mécanique qui rend le planning vivant. Si les maquettes prennent trois jours de plus, on modifie une seule durée, et toutes les dates suivantes se décalent d’elles-mêmes. Un Gantt dont les dates sont saisies à la main est faux à la première modification.

Méthode 1 : le graphique en barres empilées

C’est la méthode classique. L’astuce consiste à empiler deux séries : une série invisible qui pousse la barre jusqu’à la date de début, et une série visible qui dessine la durée.

Préparer une colonne de durée affichée. Un graphique compte en jours calendaires, pas en jours ouvrés : une tâche de dix jours ouvrés s’étale en réalité sur douze jours de calendrier. On ajoute donc une colonne E avec :

=D2-B2+1
TâcheDurée (jours ouvrés)Durée affichée (jours calendaires)
Cahier des charges1012
Arborescence55
Maquettes1012
Validation des maquettes33
Développement2028
Migration des contenus812
Recette57
Mise en ligne11

Sans cette colonne, les barres seraient trop courtes et le graphique mentirait sur la date de fin.

Construire le graphique, pas à pas :

  1. Sélectionner les colonnes tâche et début, puis insérer un graphique Barres empilées.
  2. Ajouter une seconde série, durée affichée, par clic droit sur le graphique puis « Sélectionner des données ».
  3. Rendre la première série invisible : clic droit sur les barres de début, « Mettre en forme la série de données », Aucun remplissage et Aucun trait.
  4. Inverser l’ordre des tâches, pour que la première soit en haut : clic droit sur l’axe vertical, Catégories en ordre inverse.
  5. Ajuster l’axe horizontal : dans les options d’axe, inscrire en borne minimale le numéro de série de la première date, et en borne maximale celui de la dernière.

Ce dernier point surprend : Excel stocke les dates comme un nombre de jours depuis le 1er janvier 1900. Le 4 janvier 2027 correspond au nombre 46391, et le 18 mars 2027 au nombre 46464. Pour trouver ce numéro, il suffit de mettre temporairement la cellule de date au format « Nombre ».

Le résultat est un graphique propre, qu’on peut coller dans une présentation. Son défaut : il faut un peu de manipulation à chaque ajout de tâche, puisqu’il faut étendre les plages de données.

Méthode 2 : la grille colorée par mise en forme conditionnelle

Cette méthode ne produit pas un graphique, mais une grille qui se lit comme un calendrier. Elle est plus simple à tenir à jour, et c’est souvent la meilleure pour un planning qu’on consulte et modifie chaque semaine.

  1. Garder le tableau des tâches dans les colonnes A à D.
  2. À partir de la colonne F, inscrire une date par colonne sur la ligne 1 : un jour, ou une semaine si le projet est long. Réduire la largeur des colonnes pour obtenir des cases carrées.
  3. Sélectionner toute la grille, à partir de F2, et créer une règle de mise en forme conditionnelle avec la formule :
=ET(F$1>=$B2;F$1<=$D2)
  1. Choisir une couleur de remplissage. Chaque case dont la date tombe entre le début et la fin de la tâche se colore.

Les symboles $ sont essentiels : F$1 fige la ligne des dates, $B2 et $D2 figent les colonnes de début et de fin. C’est ce qui permet à une seule règle de s’appliquer à toute la grille.

Deux raffinements utiles :

  • Griser les week-ends, avec une seconde règle =JOURSEM(F$1;2)>5, placée en dessous de la première.
  • Marquer aujourd’hui, avec une règle =F$1=AUJOURDHUI() qui encadre la colonne du jour. Le planning montre alors où l’on en est.

Quand une tâche glisse, les dates se recalculent grâce aux formules de la base commune, et les couleurs suivent. Rien n’est à redessiner.

Les jalons

Un jalon est un événement sans durée : une validation, une mise en ligne, un comité. Il mérite une représentation distincte, parce que c’est souvent sur lui que la direction juge l’avancement.

  • Dans la méthode 1, on lui donne une durée affichée d’un jour et une couleur vive, ou on ajoute une série en nuage de points pour dessiner un losange.
  • Dans la méthode 2, on ajoute une règle de mise en forme qui colore autrement la case du jalon.

Dans l’exemple, la validation des maquettes et la mise en ligne sont les deux jalons naturels.

Excel ou logiciel dédié : où est la limite

Le tableur suffit largement pour un projet d’une personne, de quelques dizaines de tâches. Il montre ses limites dans trois situations.

SituationPourquoi Excel peine
Plus de cinquante tâchesLe graphique devient illisible et les plages de données à étendre à chaque ajout
Plusieurs personnes qui modifient en même tempsLes conflits de version s’accumulent
Plusieurs projets qui partagent les mêmes ressourcesExcel ne calcule pas la charge par personne

Dans ces cas, un logiciel de gestion de projet fait gagner plus de temps qu’il n’en coûte. Mais pour la majorité des projets de service, la grille colorée de la méthode 2, bien tenue, reste l’outil le plus simple et le plus fiable.

Les erreurs classiques

Saisir les dates à la main. Le planning est juste le jour où on le fait, et faux dès qu’une tâche glisse. Les formules de dépendance sont ce qui fait d’un Gantt un outil de pilotage.

Confondre jours ouvrés et calendaires. Une durée de vingt jours ouvrés affichée comme vingt jours calendaires donne une date de fin fausse de plusieurs jours.

Oublier les jours fériés. Un projet qui traverse les fêtes de fin d’année ou le mois de mai perd plusieurs jours, qu’il faut faire apparaître dans la plage Feries.

Tout mettre dans un seul Gantt. Un planning de deux cents lignes ne se lit plus. Mieux vaut un Gantt de pilotage à une vingtaine de lignes, et des plannings détaillés par lot.

Le modèle à télécharger

Le modèle reprend le projet d’exemple : tâches, début, durée en jours ouvrés, fin, durée affichée et dépendances. La version Excel applique la méthode 2 : les dates se calculent par les formules de dépendance de cette page, et la grille se colore d’elle-même par mise en forme conditionnelle, avec les jalons en orange, les week-ends et jours fériés en gris et la colonne du jour encadrée. Seules la date de début du projet et les durées se saisissent.

Télécharger le modèle de diagramme de Gantt (Excel) · version CSV

Changez une durée, et toutes les tâches suivantes se décalent. Pour fixer les échéances avant de dessiner les durées, commencez par le rétroplanning.

Questions fréquentes

Excel a-t-il un modèle de diagramme de Gantt ?

Excel ne propose pas de type de graphique « Gantt ». Certaines versions offrent des modèles téléchargeables depuis la galerie, mais on obtient le même résultat avec un graphique en barres empilées ou avec une grille colorée par mise en forme conditionnelle, deux méthodes détaillées sur cette page.

Comment afficher les dates dans l'axe d'un Gantt Excel ?

Excel stocke une date comme un nombre de jours. Pour que l'axe commence à la première tâche, on inscrit dans les options de l'axe horizontal, en borne minimale, le numéro de série de la date de début — 46391 pour le 4 janvier 2027 — et en borne maximale celui de la dernière date.

Comment gérer les dépendances entre tâches sur Excel ?

On calcule la date de début d'une tâche à partir de la date de fin de celle qui la précède, avec SERIE.JOUR.OUVRE(fin;1) pour commencer le jour ouvré suivant. Quand la tâche amont glisse, toutes les suivantes se décalent automatiquement.

Comment représenter un jalon ?

Un jalon est un événement sans durée, comme une validation ou une mise en ligne. On lui donne une durée de zéro ou d'un jour et une mise en forme distincte, par exemple un losange ou une couleur vive, pour qu'il se détache des tâches.

Faut-il un logiciel pour faire un diagramme de Gantt ?

Pas pour un projet de quelques dizaines de tâches suivi par une personne. Un logiciel dédié devient utile quand plusieurs personnes mettent à jour le planning en même temps, quand les dépendances se multiplient, ou quand il faut gérer la charge de plusieurs projets.

Sources et méthode

  • Fonctions d'Excel en version française : SERIE.JOUR.OUVRE, NB.JOURS.OUVRES, ET, mise en forme conditionnelle
  • Exemple construit par la rédaction, dates calculées en jours ouvrés hors jours fériés