En bref
- SIPOC est l'acronyme de Suppliers, Inputs, Process, Outputs, Customers : fournisseurs, entrées, processus, sorties, clients. Le diagramme décrit un processus sur une seule page, avant de chercher à l'améliorer.
- On le remplit dans un ordre précis : d'abord les bornes et les 4 à 7 grandes étapes du processus, puis les sorties et les clients, enfin les entrées et les fournisseurs.
- Il sert surtout à cadrer : il fixe où commence et où finit le processus, qui en attend quoi, et de qui il dépend. Il ne remplace ni le logigramme détaillé ni l'analyse des causes.
- Le modèle de cette page, vierge et avec l'exemple rempli, se télécharge en CSV et s'ouvre dans Excel ou tout tableur.
Le diagramme SIPOC décrit un processus sur une seule page, en cinq colonnes : Suppliers, Inputs, Process, Outputs, Customers, soit fournisseurs, entrées, processus, sorties et clients. On s’en sert pour cadrer un processus avant de l’améliorer : où il commence, où il s’arrête, qui en attend quoi et de qui il dépend. Il se remplit en une heure, à condition de suivre le bon ordre, en partant du processus et non des fournisseurs. Voici la méthode, un exemple rempli sur la facturation des interventions d’une petite entreprise, et un modèle à télécharger.
À quoi sert un diagramme SIPOC
Le SIPOC répond à une difficulté banale : avant d’améliorer un processus, chacun en a une image différente. Le commercial pense que la facturation commence à la signature du devis, la comptable qu’elle commence à la réception du bon d’intervention. Tant que ce désaccord n’est pas levé, on discute de problèmes qui ne portent pas sur le même périmètre.
Le diagramme est l’outil de cadrage habituel des démarches Six Sigma, où il ouvre la phase Define du cycle DMAIC (définir, mesurer, analyser, améliorer, contrôler). Il sert tout autant hors de ce cadre, dans trois situations :
- avant un chantier d’amélioration, pour que l’équipe s’accorde sur le périmètre ;
- pour décrire un processus dans un système qualité : la norme ISO 9001 demande de déterminer les entrées requises et les sorties attendues de chaque processus, ce que le SIPOC fait exactement ;
- à l’arrivée d’un nouveau responsable, qui voit en une page d’où vient le travail et où il va.
Son intérêt tient à sa maille. Il ne décrit pas chaque geste, mais 4 à 7 grandes étapes. C’est assez pour voir les interfaces, là où se perdent l’essentiel des délais et des erreurs, et assez court pour être relu en réunion.
Les cinq colonnes, une par une
| Lettre | Anglais | Français | Question à se poser | Exemple de contenu |
|---|---|---|---|---|
| S | Suppliers | Fournisseurs | Qui fournit ce dont le processus a besoin ? | Technicien, magasin de pièces, client |
| I | Inputs | Entrées | De quoi le processus a-t-il besoin pour démarrer et avancer ? | Bon d’intervention signé, tarif en vigueur |
| P | Process | Processus | Quelles sont les 4 à 7 grandes étapes ? | Valoriser, émettre, envoyer, encaisser |
| O | Outputs | Sorties | Que produit le processus ? | Facture, relance, écriture comptable |
| C | Customers | Clients | Qui reçoit ces sorties ? | Client final, service comptable, direction |
Deux précisions évitent la plupart des erreurs. Un fournisseur n’est pas forcément une entreprise extérieure : un collègue qui transmet un document en est un. De même, un client est quiconque reçoit une sortie, y compris un service interne. Dans un SIPOC, la comptabilité est souvent à la fois cliente d’un processus et fournisseur du suivant.
Remplir un SIPOC, étape par étape
- Nommer le processus avec un verbe et un objet : « facturer les interventions », pas « la facturation ».
- Fixer les bornes. Écrire l’événement qui déclenche le processus et celui qui le termine. C’est l’étape qui fait gagner le plus de temps par la suite.
- Lister 4 à 7 grandes étapes dans la colonne P, chacune avec un verbe d’action. On décrit le processus tel qu’il se déroule aujourd’hui, pas tel qu’il devrait se dérouler.
- Remplir les sorties, étape par étape : ce que chacune produit, documents, informations, décisions.
- Identifier les clients de chaque sortie, internes comme externes, et noter si possible ce qu’ils en attendent : délai, exactitude, format.
- Remplir les entrées : ce dont chaque étape a besoin pour commencer.
- Identifier les fournisseurs de chaque entrée.
- Relire avec les personnes du terrain. Une entrée sans fournisseur ou une sortie sans client signale presque toujours une étape oubliée.
L’ordre compte. Commencer par la colonne S conduit à dresser la liste de tous les partenaires de l’entreprise, dont la moitié n’a rien à voir avec le processus étudié. Partir de P, puis aller vers la droite avant de revenir à gauche, garde le diagramme centré sur ce qu’on veut décrire.
Exemple rempli : facturer les interventions de maintenance
Prenons une entreprise fictive de maintenance de chaudières, avec six techniciens et une assistante administrative. Elle facture environ 350 interventions par mois. Le délai entre la fin d’une intervention et l’envoi de la facture atteint en moyenne neuf jours, et la direction veut le réduire. Avant de chercher des causes, l’équipe dresse le SIPOC du processus.
Bornes retenues : le processus commence quand le technicien clôt l’intervention chez le client, et se termine quand le paiement est rapproché en comptabilité.
| Fournisseurs | Entrées | Processus | Sorties | Clients |
|---|---|---|---|---|
| Technicien | Bon d’intervention signé, heures passées, pièces posées | 1. Clore l’intervention | Bon d’intervention complet | Assistante administrative |
| Magasin, direction | Prix des pièces, tarif horaire en vigueur, contrat d’entretien du client | 2. Valoriser l’intervention | Montant à facturer, contrôle de couverture par le contrat | Assistante administrative |
| Assistante administrative | Montant validé, coordonnées du client | 3. Émettre la facture | Facture numérotée | Client, comptabilité |
| Assistante administrative | Facture, adresse de facturation | 4. Envoyer la facture | Facture reçue par le client | Client |
| Client, banque | Paiement, relevé bancaire | 5. Encaisser et relancer | Paiement rapproché, relances | Comptabilité, direction |
Une fois le tableau rempli, deux constats apparaissent sans aucune analyse supplémentaire. Le premier : l’étape 2 dépend du contrat d’entretien du client, que seule la direction consulte, ce qui crée une file d’attente. Le second : le bon d’intervention arrive parfois sans les pièces posées, et l’assistante doit rappeler le technicien. Aucune de ces deux interfaces n’apparaissait dans la description orale du processus.
Le SIPOC ne dit pas laquelle explique le délai de neuf jours. Il indique où mesurer : le temps passé entre chaque étape. C’est l’objet de la suite de la démarche.
Ce que le SIPOC ne fait pas
Il ne trouve pas les causes. Il délimite le terrain. Pour comprendre pourquoi la valorisation attend, on passe à un outil d’analyse : le diagramme d’Ishikawa pour ouvrir toutes les pistes, puis la méthode des 5 pourquoi pour descendre jusqu’à la cause racine de celles que les mesures confirment.
Il ne dit pas qui fait quoi dans le détail. La colonne des fournisseurs nomme des rôles, pas des responsabilités. Pour fixer qui réalise, qui décide et qui est informé à chaque étape, la matrice RACI prend le relais.
Il ne décrit pas les décisions ni les boucles. Un processus qui se divise selon le type de client ou qui revient en arrière après un refus se dessine mieux en logigramme. Le SIPOC reste linéaire par construction.
Il ne mesure rien. Il nomme les sorties et les clients, ce qui aide à choisir les indicateurs, mais les chiffres viennent ensuite. Dans un cycle d’amélioration, il appartient à l’étape de cadrage : c’est l’étape Plan de la roue de Deming, ou la phase Define du DMAIC.
Les erreurs qui rendent le diagramme inutile
Trop d’étapes. Au-delà de sept, le diagramme devient un logigramme mal dessiné. Regroupez : « vérifier le bon », « compléter le bon » et « transmettre le bon » forment une seule étape, « clore l’intervention ».
Le processus idéal au lieu du réel. Décrire ce que dit la procédure plutôt que ce qui se passe efface justement les écarts qu’on cherche. Faites remplir le diagramme par ceux qui exécutent le processus, pas seulement par celui qui l’a conçu.
Des bornes floues. Sans événement de début et de fin, chaque participant étend le périmètre vers son propre problème. Écrivez les bornes en haut de la feuille, avant toute autre case.
Oublier les clients internes. Une facture a un client évident, mais aussi la comptabilité qui la saisit et la direction qui suit la trésorerie. Ignorer ces clients, c’est ignorer leurs attentes, souvent à l’origine des retouches.
Des sorties sans exigences. « Facture » ne suffit pas. « Facture exacte, envoyée sous 48 h » donne déjà l’indicateur à suivre. Ajoutez une ligne d’exigences sous la colonne Clients si l’équipe en a le temps.
Le modèle à télécharger
Le modèle reprend la structure de l’exemple : le nom du processus et ses bornes, puis une ligne par étape avec ses fournisseurs, entrées, sorties, clients et les exigences de ces clients. Les lignes préfixées « Exemple » reprennent la facturation des interventions ; il suffit de les remplacer.
Télécharger le modèle SIPOC (CSV), qui s’ouvre dans Excel, LibreOffice ou Google Sheets.
Gardez la colonne « Exigences du client » même si elle reste vide au premier passage. C’est elle qui transforme une description en point de départ pour mesurer, et c’est souvent elle qui révèle que deux clients attendent de la même sortie des choses incompatibles.
Questions fréquentes
Que veut dire SIPOC ?
SIPOC est l'acronyme anglais de Suppliers, Inputs, Process, Outputs, Customers, soit fournisseurs, entrées, processus, sorties et clients. Le diagramme range ces cinq éléments en colonnes pour décrire un processus de bout en bout, à grande maille, sur une seule page.
Dans quel ordre remplir un SIPOC ?
On commence par la colonne du milieu : le nom du processus, ses bornes de début et de fin, puis 4 à 7 grandes étapes. On remplit ensuite les sorties et les clients qui les reçoivent, puis les entrées nécessaires et les fournisseurs qui les apportent. Partir du processus évite de dresser une liste de fournisseurs sans rapport avec ce qu'on veut décrire.
Quelle différence entre un SIPOC et une cartographie des processus ?
La cartographie des processus montre l'ensemble des processus d'une organisation et leurs liens : c'est une vue d'ensemble. Le SIPOC zoome sur un seul processus et décrit ce qui y entre, ce qui en sort et pour qui. On peut d'ailleurs bâtir une cartographie en réalisant un SIPOC par processus.
Combien d'étapes mettre dans la colonne Processus ?
Entre 4 et 7 en général. En dessous, le processus est trop grossier pour révéler quoi que ce soit ; au-delà, on glisse vers le logigramme détaillé, qui est un autre outil. Chaque étape s'écrit avec un verbe d'action et un objet, comme « valoriser l'intervention » ou « émettre la facture ».
Qu'est-ce que le COPIS ?
C'est le même diagramme lu dans l'autre sens : clients, sorties, processus, entrées, fournisseurs. Certaines équipes le préfèrent parce qu'il oblige à partir de ce que le client attend. Le contenu est identique, seul l'ordre de lecture change.
Sources et méthode
- Démarche Six Sigma : le SIPOC est l'outil de cadrage habituel de la phase Define du cycle DMAIC (Define, Measure, Analyze, Improve, Control)
- Norme NF EN ISO 9001:2015, article 4.4 : l'organisme détermine les éléments d'entrée requis et les éléments de sortie attendus de ses processus, leur séquence et leurs interactions
- Exemple construit par la rédaction sur une entreprise de maintenance fictive, chiffres à titre d'illustration